En nous, la bataille

Publié le par Picou

En nous, la bataille

Petit billet de dernière minute. Il n'était pas prévu, ou plutôt, il était prévu, de longue date, et puis abandonné...je ne trouvais pas l'inspiration pour ce que je voulais écrire. Et puis finalement j'ai laissé ma plume aller où elle voulait.

Impossible de passer à côté (sauf dans certains pays du globe très sympa), aujourd'hui c'est la journée internationale du droit de la femme.

Comme tous les ans, je n'arrive toujours pas à trancher - est ce une journée comme les autres?

D'un côté, oui. Parce que les difficultés à être une femme ne peuvent pas se concentrer sur une journée unique, où l'on va recevoir avec le sourire une rose moitié fanée gratos en guise d'hommage à ce qu'on apporte à la société.

Parce qu'aujourd'hui les 364 autres jours de l'année, ici ou encore pire ailleurs, les femmes n'ont toujours pas l'égalité qui devrait leur être due, que c'est encore et toujours scandaleux, et que la route est encore longue pour que ça change en vrai.

Et puis d'un autre côté, non, aussi. Ce n'est pas un jour comme les autres parce que justement aujourd'hui se crée une occasion médiatique sans égale pour parler de ces droits bafoués, de cette inégalité flagrante, de bien des situations intolérables ou au contraire, des belles initiatives qui fleurissent pour essayer de les combattre.

C'est donc un peu des deux, à vrai dire - une journée exceptionnelle, et pourtant si banale pour nous, mesdames.

Parce qu'on ne nous épargnera pas aujourd'hui plus que d'habitude, des remarques sexistes, parfois déguisées sous le ton de la bonne blague ("tiens, je te laisse débarrasser la table, c'est la journée de la femme" (clin d'oeil appuyé, ah, ah, ah. on rigole bien (là j'imagine, heureusement mon chéri n'est pas friand de ce type de blagues)).

Parce qu'aujourd'hui encore, les clichés seront légion - aujourd'hui c'est notre journée, allons faire du shopping parce qu'on aime trop ça,on aura -30% sur les culottes pour la peine, youpi profitons-en vite pour dépenser les sous de nos braves maris qui bossent dur.

Je voulais trouver les mots pour un billet coup de gueule, revendicatif, pour résumer toutes les misères des femmes. Dans le monde bien sûr, au Moyen Orient ou en Asie, en Russie, aux US, car nous sommes au final si chanceuses ici.

Mais ici par chez nous, aussi,  parce que notre chance a ses limites, et que certains de nos droits si durement acquis semblent bien fragiles aujourd'hui.

Et puis je ne les ai pas trouvés, ces mots là, les mots justes, les mots de rébellion. La tâche était trop grande.

J'ai la chance d'avoir reçu une vraie éducation "féministe" - on ne m'a pas enseigné que les femmes sont mieux que les autres, ou doivent se battre pour obtenir ce qu'elles désirent.

Enfin, si, on me l'a expliqué, bien sûr ;  mais surtout, on m'a présenté l'égalité homme femme, au quotidien, comme quelque chose de si normal et naturel, que j'ai toujours considéré ça comme logique, et que je ne me suis jamais posé de limites.

Et puis ce matin, ma chouquette m'a fait un énième caprice pour mettre une robe rose , plutôt que le jean que j'avais choisi.

Un non-sens féministe total, tout ce chemin parcouru par nos ancêtres pour qu'on puisse porter des pantalons, réduit à néant par la puissance d'un cliché - les filles, pour être des princesses, elles doivent être en robe, et en rose.

Et je me suis rappelée  que ce qui est évident pour moi ne le sera pas d'office pour elles.

Qu'il va falloir que je leur apprenne bien des choses à mes filles, sur le monde dans lequel on vit et  la place qu'elles auront à y tenir.

Qu'il y aura tout ce pan supplémentaire de leur éducation que je devrais leur inculquer, aussi naturellement que j'ai pu l'intégrer moi-même (et que j'aurais aussi, bien que différemment, à inculquer à un garçon si un jour j'en ai un)

étincelle

Cette tâche m'effraie, elle me semble gigantesque.

Et c'est là où je vois que le chemin est encore si long, qu'il y a tant à faire... Alors non, une journée par an, ce n'est clairement pas assez.

Il n'y aura pas assez d'une vie. Mais cette journée du 8 mars, au moins, elle permet de se poser, et d'y réfléchir un peu, de créer ce dialogue. Il faudrait juste qu'il ne s'arrête pas au 9 mars et qu'il ne soit pas si peu suivi de faits.

Notre société a déjà su évoluer, pourtant! Elle n'est plus celle de nos ancêtres, ni celle de nos mères, grâce à toutes ces femmes avant nous. Alors, même si ce progrès est long, difficile à voir au jour le jour, j'ose espérer que le recul de l'Histoire montrera que nous ne l'avons pas stoppé.

L'avancée des droits des femmes est encore et toujours dans nos mains, dans nos choix, dans nos paroles.

Et pas juste dans ceux de ces femmes admirables qui montent au créneau pour se battre - nous n'en avons pas toutes la force, il ne faut pas s'en culpabiliser.

A notre niveau, en tant que mères, nous posons au quotidien les jalons de la tolérance et des valeurs de la génération future - une responsabilité déjà énorme. A nous de faire naître l'étincelle qui mettra le feu - en nous, la bataille qu'il faudra mener.

Alors à nous de faire comprendre à nos enfants, naturellement, que filles et garçons ne sont pas égaux, mais qu'on peut - et qu'on doit - les mettre toujours sur un pied d'égalité.

On dirait bien que je les ai finalement trouvé, les mots.

Il fallait juste que je trouve les miens.

(NB - Chouquette a quand même mis sa robe. Mais elle ne sera pas rose. C'est déjà ça.)

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Publié dans Vie de famille

Commenter cet article

Fanoche 08/03/2017 20:03

Nous sommes nombreuses je crois, à ne pas savoir qu'en penser, de cette journée de la femme....
Personnellement, elle m'irrite. Le simple fait d'avoir une journée de la femme est une inégalité en soi.
Les femmes sont fortes, chacune se bat pour soi au quotidien, chacune se bat pour toutes, toutes se battent pour chacune.
La journée de la femme me parait condescendante et aujourd'hui j'ai envie de la refuser.
C'est mon p'tit coup de gueule de la journée :)

Picou 08/03/2017 20:39

Oui il y avait sans doute plus de sens lorsque ça a été créé mais ça semble bien creux aujourd'hui...Beaucoup de bruit pour rien...

mumtwokids 08/03/2017 19:34

Très beau texte ! Ce qui m'énerve le plus, et comme pour beaucoup je pense, c'est le marketing qui est fait autour strictement ridicule ! Pour le moment, je ne me suis pas encore posé la question sur comment j'expliquerai tout ça à ma choupette...Une chose est sûre, les enfants sont déjà formatés dans la cour de recré sur ces différences garçon-fille, et pourtant chez nous nous ne sommes pas comme ça, mon lapin avant d'aller à l'école a eu une dinette, une poupée maintenant ça n'est même plus la peine de lui proposer ce genre d'objets car "c'est pour les filles"...à nous de lui expliquer qu'il n'y a pas de différences

Picou 08/03/2017 20:03

Oui car on a beau faire ce qu'on peut pour les combattre, ces idées genrees sont tellement presentes partout que ca en est écrasant...mais oui, le plus irritant c'est sans doute de voir toutes ces récupérations marketing!!

La Polygraphe 08/03/2017 16:34

Oui, moi aussi j'ai écrit un article l'année dernière alors que je ne pensais pas le faire, tellement j'avais été énervée de la façon dont cette journée était instrumentalisée. Je viens encore de voir passer "bonne journée à toutes les femmes", comme si on parlait de la fête de mères. Et moi aussi j'ai ce problème du rose, je ne comprends pas comment ma fille, qui n'est pas élevée dans une éducation genrée, et qui est à la crèche et pas encore à l'école, puisse être autant attirée par cette couleur... Bref, j'ai un article là dessus dans mes brouillons depuis le tout début de ce blog, j'espère qu'il sera un jour suffisamment abouti pour que je le partage...

Picou 08/03/2017 16:54

On a les mêmes inspirations! Et reçu de vert baudet a l'instant : journée de la femme, livraison offerte sur les articles volumineux...on en revient toujours à ce rapport de force...

Madame Lavande 08/03/2017 16:01

Tout est dit ;-)
La tâche n'est pas simple, mais heureusement nos hommes nous aident aussi. Le mien ne fait aucune différence fille/garçon, c'est assez drôle parce qu'il parfois bien plus appliqué que moi à gommer les clichés avec sa fille.

Picou 08/03/2017 16:04

Oui heureusement bien des hommes nous accompagnent sur ce chemin! Le mien aussi est de ce genre!